Le port de Marseille, escale.

Marseille est une ville qui me fascine.
Tournée vers la Méditerranée, elle est depuis toujours ouverte au monde.
Grand port de commerce et de passage, Marseille porte en elle des siècles de voyages, de migrations, de marchandises, de cultures venues par la mer.
Mais Marseille, je ne l’ai pas découverte dans les guides.
Je l’ai découverte avec mon père.

J’aimais cette ville pour son mélange.
Les produits arrivés d’Afrique du Nord et d’ailleurs, les couleurs, les accents, les odeurs, les marchés, les terrasses, les hommes et les femmes venus de tant d’horizons.
Artichauts de Tunisie, oranges d’Algerie, tomates du Maroc, ananas et bananes d’Afrique…
Le monde semblait débarquer directement sur les quais.
Et moi, je regardais tout.
Je crois que c’est cela qui m’a toujours fascinée à Marseille: le mélange des cultures, le mouvement, l’extravagance parfois, cette sensation que tout peut arriver.

Aujourd’hui encore, lorsque je me promène seule dans Marseille, j’aime me perdre dans ses rues.
Je photographie les murs, les tags, les couleurs, les détails que l’on ne remarque pas lorsqu’on marche trop vite.
L’art est partout.
Parfois magnifique, parfois brut, parfois franchement étrange.
Mais toujours vivant.
Et comme souvent lorsque je voyage, je fais des rencontres.
Des rencontres improbables, inattendues, avec des gens que je n’aurais sans doute jamais croisés ailleurs.
C’est aussi cela que j’aime dans les villes de passage. On peut être seul sans jamais vraiment être isolé.

Mon père était capitaine au long cours dans la marine marchande. Quand il faisait escale à Marseille après de longs mois de navigation, j’étais heureuse de le retrouver.
Je me souviens de nos promenades sur les quais.
Fière de caler ma menotte dans celle de mon père, je remontais les rues de la ville.
Et très vite, Marseille devenait autre chose qu’un port.
Elle devenait un morceau du monde.

Marseille est une vile de contrastes, parfois rude, profondément inégalitaire..
Mais je la ressens aussi comme une ville incroyablement riche: riche de ses mélanges, de son histoire, de ses contradictions et de sa liberté.
Elle peut être belle et rebelle, sensuelle et brutale, généreuse et excessive.
Elle ne cherche pas toujours à plaire.
Et c’est peut-être pour cela qu’elle me plaît.

Quand j’étais enfant, je retrouvais mon père ici.
La lumière du soir frappait les structures métalliques du port.
J’aimais la regarder jouer sur l’acier et se refléter sur le bleu intense de la Méditerranée.
Il y avait quelque chose de presque irréel dans ce contraste.
Le métal, les grues, les bateaux, les quais….
Et puis la mer.
Avec elle, tout devenait possible: le départ, le voyage, l’inconnu, les rêves.
Et peut-être aussi un peu l’interdit.
LES BARS DES MARINS
Parfois, nous allions dîner avec des hommes de métier et de mer dans quelques bars qui semblaient être des rendez-vous de la marine marchande.
J’observais ces hommes qui revenaient de loin.

Les odeurs puissantes d’air marin arrivées du port se mélangeaient a la fumée des Gauloises sans filtre des hommes de mer. Parfois elles se mêlaient à celles qui montaient des caves, des rues et des pavés. C’était à la fois délicieux et répugnant.
J’étais fascinée.
Il y avait quelque chose d’inquiétant dans ce monde d’adultes, mais aussi une formidable promesse de liberté.
Les marins, les bateaux, les femmes, les bars, les départs….
Tout ce que je ne connaissais pas encore.
Tout ce qui semblait exister au-delà de l’horizon.

Lazy Shark
MARSEILLE, LA COSMOPOLITE
Peut-être es-ce pour cela que je reviens toujours vers Marseille avec autant de plaisir.
Parce qu’elle me rappelle que le monde est vaste.
Que les cultures se rencontrent.
Que les frontières sont poreuses.
Que la mer transporte bien plus que des marchandises.
Elle transporte des hommes, des histoires, des odeurs, des musiques, des langues, des rêves.
Et quelque part entre les quais, les rues, les murs couverts de couleurs et le bleu de la Méditerranée, je retrouve toujours un peu de cette petite fille qui tenait la main de son père.
Celle qui regardait les bateaux et rêvait déjà du large.
