L’éloge de la douceur
Dans ce petit paradis posé à califourchon sur la chaîne des Pyrénées, la douceur accompagne le rythme des saisons.
L’hiver approche en doucement. Le vent du sud joue sur les dernières feuilles rouges et dorées de nos forêts.

Depuis les falaises, je contemple un soir de novembre le soleil disparaître dans le golfe de Gascogne. La mer est presque immobile. Elle devient miroir, attape la lumière et la renvoie avec une intensité étrange.
Il y a de la force dans cette douceur.
C’est peut-être ce paradoxe qui me touche le plus.

La douceur, c’est la plénitude de la force.
Alphonse Gatry
La douceur: l’expérience d’un voyage intérieur.
La douceur est d’abord une expérience sensible.
Elle peur naître devant un paysage, dans une musique, au contact d’un être vivant ou simplement devant une fleur. Elle passe par le corps avant même que nous ayons besoin de lui donner un nom.
J’aime cette façon d’habiter le present par les sens.
Le chant du vent, le ressac de la mer, le bruissement des feuilles, le croassement des grenouilles un soir d’été. Une lumière, une couleur, une brume accrochée au relief.
La texture d’une peau, d’un tissu, d’une écorce sous les doigts.
Et puis les odeurs. Celles qui nous surprenent au détour d’un chemin ou nous saississent lorsque nous entrons dans une maison de famille.
En une seconde, elles peuvent faire remonter un lieu, un visage, une époque entière.
Le goût aussi porte sa mémoire: un aliment, une cuisine, une culture, un repas partagé.
Tous ces petits riens me ramènent à l’instant. Ils sont une manière d’expérimenter pleinement mon présent.


Pourquoi la douceur serait-elle une qualité féminine?
Nous avons longtemps associé la douceur au féminin: à la mère, au soin, à l’écoute, à la tendresse. Comme si la force, l’autorité, la conquête appartenaient davantage aux hommes, et la douceur aux femmes.
Pourtant, la douceur n’est ni féminine ni masculine. Elle est profondément humaine.
Et surtout, elle n’est pas une faiblesse.
Il faut parfois beaucoup de force pour rester doux. Acceuillir sans juger, écouter sans chercher à convaincre, aimer sans posséder, protéger sans dominer. La douceur n’empêche ni le caractère, ni le désir, ni la détermination. On peut être combatif et tendre, puissant et délicat.
J’aime d’ailleurs cette contradiction apparente.
Dans la nature ce qui me semble doux n’est pas nécessairement fragile.
L’eau caresse et façonne la roche. Le vent fait frémir les feuilles et peut courber les arbres. L’océan peut être d’une infinie douceur puis, déployer une force immense.
Peut-être avons-nous simplement trop longtemps confondu la douceur avec la faiblesse.
La douceur serait alors moins l’absence de force qu’une manière de l’habiter: une force qui n’a pas besoin de violence pour s’affirmer.


La douceur envers soi, la douceur envers l’autre.
La douceur commence peut-être par soi.
Se regarder sans trop tricher. Accepter ses fragilités, ses contradictions, ses maladresses, sans pour autant renoncer à évoluer.
Être doux avec soi ne signifie pas tout s’autoriser ni détourner les yeux de ce qui dérange.
C’est peut-être apprendre à s’accueillir tel que l’on est, tout en restant libre d’évoluer.
Et cette douceur-là change aussi notre manière d’aller vers l’autre.
Elle laisse une place à l’écoute, au respect, à la tendresse. Elle permet d’accueillir l’autre sans chercher immédiatement à le comprendre, à le convaincre ou à le changer.
La douceur n’efface pas les différences ni les désaccords. Elle n’empêche pas de poser ses limites. Elle permet simplement de le faire sans abîmer l’autre.
La douceur n’enlève rien à la force. Elle lui donne une autre forme.
